Le vendredi 12 juin, professionnel·les, artistes, étudiant·es et nazairien·nes se sont retrouvé·es devant le Grand Café, lors du vernissage de l’exposition Garden of Commons de Nefeli Papadimouli, pour dénoncer la décision du maire de Saint-Nazaire David Samzun, de mettre un terme aux activités du Centre d’art contemporain.
Cet appel à mobilisation du Pôle arts visuels a conduit l’adjoint à la Culture de la Ville de Saint-Nazaire, Michel Ray, à proposer une prise de parole au Pôle lors du vernissage.
Amélie Évrard, adhérente du Pôle arts visuels, ancienne salariée du Grand Café et actuellement chargée de programmation artistique au Voyage à Nantes, a ainsi pu témoigner du soutien aux équipes et de la détermination des professionnel·les à ne pas rester silencieux.
“ C’est avec beaucoup d’émotion que je prends la parole aujourd’hui en tant qu’ancienne salariée du Grand Café – centre d’art contemporain.
Je vois beaucoup de soutien d’habitués nazairiens qui suivent les expositions depuis de nombreuses années et cela fait chaud au cœur.
Une nouvelle nous est parvenue ces derniers jours qui nous oblige à réagir. Les élu·es de Saint-Nazaire ont décidé de mettre fin à l’activité du Grand Café – centre d’art contemporain pour le remplacer par un centre dédié à la photographie, dans le cadre d’une volonté affichée de « créer une nouvelle page » via un appel à manifestation d’intérêt privé.
Le Grand Café, c’est près de trente ans d’histoire de l’art contemporain en France. Un lieu de référence nationale, internationale, identifié par les artistes, les institutions, les réseaux professionnels. Un espace qui a su construire une programmation exigeante, ancrée dans son territoire, rayonnante bien au-delà de la Loire-Atlantique. Trente années d’investissements financiers, humains, intellectuels, qu’on ne peut balayer d’un trait sans rendre de comptes sur ce qu’on choisit de détruire.
On ne ferme pas impunément un tel outil sans se poser sérieusement la question de ce qu’on détruit. Aucune étude d’impact, aucune vision de long terme n’a accompagné cette décision. Aucun dialogue n’a eu lieu avec les partenaires du territoire : c’est une décision unilatérale, prise sans concertation avec celles et ceux qui font vivre cet écosystème au quotidien. Le fait du prince.
Derrière cette décision, ce sont des personnes : Eric, Minhee, Hélène, Elliot, Pauline, Franck, Sophie qui vont perdre leur emploi. Une équipe dont les élu·es eux-mêmes reconnaissent l’engagement professionnel, à qui on fait cette annonce de manière subite et brutale. Des projets en cours. Des artistes avec des projets. Un tissu de relations professionnelles et humaines construit sur la durée. Une audace dans la programmation portée par Sophie Legrandjacques. Et aucune raison économique valable avancée pour justifier cette fermeture.
Mais l’impact dépasse l’équipe salariée car ce sont aussi tous les métiers qui gravitent autour d’un centre d’art et qui vivent déjà dans une précarité structurelle (graphistes, critiques d’art, transporteur.euses, monteureuse.rs d’exposition…) qui vont se retrouver privés de ces missions. Fermer Le Grand Café – centre d’art contemporain, c’est asphyxier tout un écosystème.
Il y a aussi tout ce qui ne se voit pas dans les organigrammes : des années d’actions menées auprès des groupes scolaires dans le cadre de l’éducation artistique et culturelle. Des enfants et des adolescent·es qui ont rencontré des œuvres, des artistes, des regards sur le monde, souvent pour la première fois. Il y aujourd’hui dans cette salle, plusieurs artistes qui ont découvert l’art au Grand Café. Ce travail de fond, patient, essentiel, ne se reconstruit pas du jour au lendemain. Le Grand Café a contribué, modestement et durablement, à l’enrichissement des regards.
C’est aussi un patrimoine immatériel et silencieux : ce « nouveau regard porté sur la ville » dont se félicite la communication municipale pour son nouveau projet, c’est en partie la programmation du Grand Café qui l’a rendu possible. Cette mémoire collective est une richesse commune.
La question n’est pas la photographie, elle est légitime, nécessaire. La question, c’est pourquoi l’un devrait disparaître pour que l’autre existe. La multiplication des lieux dédiés à la photographie dans les villes françaises est une tendance réelle. Mais elle ne peut pas se faire au détriment de structures qui, elles, tiennent le cap d’une programmation plurielle, risquée, vivante.
Au-delà du cas du Grand Café, cette décision est un symptôme inquiétant : celui d’une méconnaissance profonde du travail mené par le centre d’art, de sa programmation comme lieu d’expérimentation, de liberté, de débat, d’émancipation collective. On peut légitimement s’interroger : pourquoi les élu·es de Saint-Nazaire appellent-ils à une culture « plus populaire », « plus fun », alors que la fréquentation du Grand Café était au rendez-vous – contrairement à leurs propres projets d’exposition tentés au LiFE, pour un budget pourtant supérieur à celui du Grand Café ?
Cette décision intervient dans un contexte régional alarmant, marqué par le retrait de la Région Pays de la Loire de ses dépenses économiques en faveur de la culture. Fermeture du site nantais du FRAC Pays de la Loire, licenciement économique de la direction du centre d’art de Château-Gontier, licenciement de l’intégralité de l’équipe du Pôle Arts visuels en 2025. Ce ne sont pas des cas isolés, c’est tout l’écosystème culturel des pays de la Loire qui est démantelé en quelques mois, après des décennies de travail. Le Grand Café est aujourd’hui le dernier centre d’art labellisé de la région, et le dernier lieu de diffusion professionnelle à Saint-Nazaire.
Ne nous y trompons pas : l’argument n’est ni vraiment politique, ni véritablement économique. C’est un geste de rupture avec l’art contemporain. Un recul de la liberté de création et de l’ambition culturelle. Une manière d’assécher l’accès à la diversité culturelle, et de participer à la sape de trente ans de politique culturelle.
Le Grand Café – centre d’art contemporain n’est pas interchangeable !
Ce soir, montrons que ce lieu compte, qu’il est soutenu, qu’il n’est pas seul. Et pour signifier clairement aux élu·es que la décision qu’ils s’apprêtent à prendre ne passera pas dans l’indifférence du secteur. Nous invitons également chacun·e à signer la pétition de soutien et à la faire circuler.
La mobilisation commence maintenant. Partagez ce message, relayez autour de vous, mobilisez vos réseaux.
Nous ne pouvons pas rester silencieux !”