Pôle
arts
visuels
Pays
de la Loire

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Sonia Raimbault – Le Gall

Responsable de la Maison des Arts, Saint-Herblain

07.05.2020

Sonia Raimbault – Le Gall — Pôle Arts Visuels Pays de la Loire
Sonia Raimbault - Le Gall, 2020

Vos passions à 20 ans ?
La littérature anglo-américaine. Paul Auster, Zadie Smith, John Irving sont des auteurs qui m’accompagnent encore aujourd’hui. J’étais avide de connaissances et j’avais la passion des langues (allemand, espagnol, arabe, gaëlique, italien). J’ai fait une prépa littéraire puis une maîtrise d’anglais à Rennes 2. La découverte de la sociologie, des gender studies et du féminisme (Pierre Bourdieu, Monique Wittig, Annie Ernaux…) pendant ces années m’ont beaucoup marquée. Je me suis ensuite orientée vers une maîtrise en médiation culturelle et un master en sociologie des politiques culturelles.

Les endroits que vous avez préférés dans votre parcours ?
À Paris durant 10 ans, j’ai travaillé pour le théâtre puis pour le service public de la culture et de l’enseignement artistique à la Ville de Paris et en Seine-Saint-Denis. Voir des spectacles et des expositions faisait partie de mes missions ce que je vivais comme une réelle chance. Je me souviens de KVS – Mission de David Van Reybrouck à la Villette : un missionnaire belge seul en scène. Une performance époustouflante. J’ai découvert les arts visuels et la danse avec boulimie : Jean-Michel Basquiat, Edward Hopper, Félix Vallotton, Maguy Marin, Merce Cunningham, Diane Arbus (ce qu’on devine du hors-champ…). Ma relation y est plus sensorielle qu’au théâtre. Je suis friande de la scénographie, comme dans l’exposition Au-delà des étoiles au musée d’Orsay – un travail d’orfèvre. Juste après l’obtention des concours de la fonction publique, j’ai également travaillé dans le domaine de l’insertion auprès d’allocataires du RSA : une belle expérience, très riche sur le plan humain.

Si vous étiez une musique ? un personnage littéraire ?
L’album Made in Heaven de Queen qui m’accompagne depuis mon enfance, et Anna Karenine de Tolstoï, incarnation de la quête d’absolu.

Vous êtes arrivée à la Maison des Arts de Saint-Herblain à l’été 2019. Parlez-nous de cet équipement.
C’est un équipement culturel pluridisciplinaire, qui comprend une école d’art en musique et arts plastiques (l’activité la plus visible) avec de l’accompagnement des pratiques amateur et aussi toute une équipe de plasticiens et de musiciens intervenant en petite enfance et en milieu scolaire. La saison culturelle est dense. On organise plus de 150 événements par an, dont des conférences d’histoire de l’art avec les Têtes renversantes. Une résidence de 6 mois en arts visuels a lieu tous les ans suite à un appel à projet. Il est demandé à l’artiste accueilli (Emmanuel Ligner dernièrement) de travailler en lien avec les élèves et les habitants. La direction administrative et artistique, c’est accompagner, mettre en lien, alimenter une vision de l’enseignement artistique et du service public de la culture par rapport à l’évolution de la ville, réfléchir à l’utilité publique de nos actions… Mais toutes nos réflexions sont collectives.

Ce que vous aimez au Pôle arts visuels Pays de la Loire?
Nous sommes dans le collège Éducation artistique et culturelle. J’aime les échanges, les ressources, la cohérence au niveau local et l’appétence des membres à réfléchir ensemble. L’intervention de l’artiste Camille Llobet, dans le cadre de la rencontre organisée par le Pôle arts visuels avec BLA!, l’association nationale des professionnel·le·s de la médiation en art contemporain, autour du handicap était passionnante.

Comment vivez-vous la crise sanitaire actuelle et quelles alternatives pouvons-nous penser pour l’avenir ?
C’est une période très étrange. Le confinement a engendré une charge de travail importante car il a fallu réorganiser toute l’activité pédagogique et administrative à distance, maintenir le lien avec les équipes (60 agents répartis en 5 pôles) et faire en sorte que chacun puisse trouver sa place, ce qui est compliqué car on ne dispose pas tous des outils nécessaires au télétravail. Nous avons procédé à l’annulation de toute notre saison culturelle en envisageant les reports possibles… Si je regarde le côté positif des choses, le « distanciel » permet d’innover dans les pratiques d’enseignement, de faire évoluer le rapport aux élèves, de mettre en place de nouveaux outils et de développer des compétences qui seront toujours utiles une fois que nous réintégrerons la Maison des Arts. Nous ne savons pas combien de temps la crise va durer mais j’espère que les effets seront notables, non seulement sur notre rapport au temps et au travail, mais aussi plus généralement sur notre manière de vivre. Cela nous rappelle avec encore plus d’acuité l’urgence d’agir pour l’environnement mais aussi l’importance de se battre pour nos services publics qui sont en première ligne aujourd’hui.

Entretien réalisé par Ilan Michel