Pôle
arts
visuels
Pays
de la Loire

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Isabelle Tellier

Directrice du MAT, centre d’art contemporain du Pays d’Ancenis

07.05.2020

Isabelle Tellier — Pôle Arts Visuels Pays de la Loire
Isabelle Tellier, 2020. Photo : Ouest France

Te souviens-tu de tes premiers émois ?
Les visites d’expositions à Paris quand j’étais en arts plastiques à l’Université d’Amiens. L’espace d’exposition c’était l’endroit où articuler une pensée. Je suivais les cours de Laurence Bertrand Dorléac – quand elle faisait des parenthèses politiques, c’était génial -, les cours de vidéo de Françoise Parfait avec qui on est allés à Francfort pour la rétrospective Bill Viola en 1999. En 1997, j’ai visité la Biennale de Lyon d’Harald Szeemann. J’ai encore le dépliant avec mes annotations (Chris Burden, Katarina Fritsch, Matthew Barney, Pipilotti Rist …).

Quels chemins as-tu empruntés ?
Après une maîtrise en Sciences et Techniques de l’exposition à Rennes 2, j’ai fait un DEA d’histoire de l’art et du monitorat à la Galerie Arts & Essai de l’Université. En 2001, on a monté Room Service avec Alexandra Gillet, agence de production et de diffusion sans mur. On partait des envies des artistes pour trouver des formats adaptés – la tournée d’une radio pirate, un drive-in sur le parking du Liberté, à Rennes, … J’avais envie que l’art se frotte à d’autres réalités que le white cube. En 2012, avec Edwige Fontaine, on a affirmé le rôle de prestataire en faisant équipe avec les artistes sur la longue durée. En parallèle, en 2002, j’ai commencé au Grand Café, centre d’art contemporain de Saint-Nazaire, par un mi-temps en médiation, avant la création d’un poste de coordination des expositions-communication. Mon plus beau souvenir : avoir récupéré le garde-corps d’une pêcherie pour une œuvre de Guillaume Leblon, en passant par les pompiers ! J’y suis restée 8 ans.
Mes obsessions : ouvrir la bulle de l’art, autoriser chacun à porter un regard sur les œuvres. Je viens de prendre la direction du MAT, une association animée par des bénévoles qui ne viennent pas tous du milieu de l’art mais qui ont envie que ça se passe chez eux. J’ai enseigné 10 ans à l’École d’art du Choletais où on a mis en place un projet pédagogique pour la classe prépa – un moment d’éclosion pour ces jeunes élèves. J’ai enseigné à l’ECV et à l’École d’architecture à Nantes. J’ai beaucoup appris des étudiants : cela a changé ma manière de voir.

Si tu étais une œuvre aujourd’hui ?
Ce serait une œuvre purement contemplative : un tondo bleu suspendu dans l’espace, d’Ettore Spalletti. J’aimerais tendre à devenir cette œuvre.

Et le Pôle arts visuels Pays de la Loire dans tout ça ?
Ce que j’aime, c’est la possibilité de rencontrer des acteurs ailleurs qu’à Nantes, de discuter d’art, comme lors des visites des diplômés des écoles, d’ouvrir le cercle en sortant des guerres de territoires.

Des vœux pour l’avenir ?
La rémunération des artistes, une meilleure protection sociale, un statut pour la pluriactivité qui devrait être signe de liberté et pas de précarité.

Comment réagis-tu à la crise du Covid-19 et quel modèle économique penser dans le futur ?
Deux œuvres d’Elisabeth Ballet me reviennent en tête régulièrement ces jours-ci. Elles rapprochent Lazy Days et Les idées. Ce moment d’attente que nous vivons n’est-il pas une période de latence idéale pour avoir des idées ? Pour répondre plus concrètement, le calendrier de réouverture des lieux est indécis. Pourquoi ne pas tenter d’installer des signes de notre résistance à l’actualité avant la réouverture des lieux ? Nous travaillons dans ce sens pour Le MAT.
La conscience écologique est forte chez les artistes mais peu mise en œuvre par les lieux de diffusion. La logique de consommation des locavores prend tout son sens dans la période actuelle. Elle invite à nous concentrer sur un ici et sur les ressources de cet ici, ce qui n’empêche pas de l’articuler avec un ailleurs.
Cette crise frappe notre secteur et va laisser des traces, mais je reste convaincue qu’elle peut aussi être accélérateur, à l’échelle du Pôle arts visuels, elle peut amener plus d’échanges et de coopérations entre acteurs.

Entretien réalisé par Ilan Michel