Pôle
arts
visuels
Pays
de la Loire

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Julie Maquet

Artiste (Nantes, Loire-Atlantique)

16.01.2019

Julie Maquet — Pôle Arts Visuels Pays de la Loire
Julie Maquet, 2018

Une affaire de séduction : Julie Maquet manipule une étrange guirlande de résistances électriques, et décrit à quel point ses idées d’assemblage prennent leur ancrage dans ce moment décisif où elle rencontre un matériau. Animée par un esprit de subversion tranquille, elle préfère les objets industrialisés qui ont déjà une identité forte, pour mieux les détourner de leur forme initiale, les retourner, les couper, les trancher. Leur fonction antérieure ne disparaît pas, mais se métamorphose : une fois l’existant neutralisé, il est temps de lui conférer une seconde vie exotique, ouvertement artisanale.

Il est ici question de travail manuel : les proliférations modulaires de Julie Maquet naissent toujours d’une forme de labeur, qui engage l’endurance du geste, la patience minutieuse, la précaution persévérante. Couture, collage, soudure, imbrication : l’artiste ne revendique aucun savoir-faire particulier, elle n’avance pas en force, privilégie plutôt la précarité, l’amateurisme et l’obsolescence. Éponges en acier, ficelles agricoles en polypropylène, gants Mappa ou papier alimentaire aluminisé : l’assemblage et la répétition opèrent une transfiguration, une mutation où le vocabulaire du quotidien utilitaire se pare de sensualité organique, au pouvoir attractif autant que trouble, aux accents parfois monstrueux. Fragiles, ses installations ne sont pourtant pas timides et prennent puissamment l’espace, jusqu’à l’envahir.

Après son diplôme à l’école des beaux-arts d’Angers obtenu en 2015, l’artiste a enchaîné les résidences, un format qui lui convient bien : de passage, elle arrive légère, puis va à l’essentiel, ne stagne pas dans l’atelier, joue avec le temps imparti. Elle aime le changement, d’objet et de cadre. Cherche à ne pas tout contrôler, préfère éviter la maîtrise. Lâcher prise.
De novembre à mars 2019, elle est sélectionnée à la Maison des Arts de Saint-Herblain, une résidence qui sera suivie d’une exposition personnelle. Pour l’occasion, elle choisit de montrer uniquement de nouvelles productions, en germe sur la table de l’atelier : elle commence par sculpter ses agrégats à plat, puis démêle ou enchevêtre, compresse ou aère en fonction des conditions d’accrochage. L’artiste poursuit également une pratique graphique intense : le dessin accompagne les matériaux et dialogue avec leurs formes et leurs couleurs, sur un mode plus abstrait et arbitraire. Julie Maquet semble obsédée par le poil et le cheveu : ses toisons de traits prolifèrent comme ses installations, bruissant de circulations et de mouvements. Une grande composition s’ébauche, au feutre Stabilo fluo, comme un écho aux gants Mappa rose dragée.

Ses références sont multiples : de Tatiana Wolska à Sarah Lucas, d’Hans Bellmer
à Cindy Sherman, elles soulignent l’importance du corps, métaphorisé en permanence. Chez Julie Maquet, chaque œuvre semble douée d’une vie autonome, organisme bizarre aux ramifications inconnues. Des corps paradoxaux qui sont à la fois très organisés mais qui débordent en continu : enfant, l’artiste passait beaucoup de temps à archiver et à ranger, à cataloguer. Son travail raconte aussi ce double régime inconciliable : le vivant, qui nous échappe malgré toutes nos tentatives de classement, le monde et ses flux, impossibles à mettre en case.

Eva Prouteau

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