Pôle
arts
visuels
Pays
de la Loire

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Éditorial

01.09.2026

Les 13 et 14 juin 2025, le Pôle arts visuels Pays de la Loire tenait des assises régionales au musée d’arts de Nantes pour célébrer ses dix ans. Deux journées pour réunir des acteurs et actrices des arts visuels, des chercheurs et chercheuses, des partenaires dans toute la France et faire le bilan de dix ans de construction collective, dix ans d’exemplarité dans la mise en réseau, dix ans d’accompagnement, de coopération, de mutualisation à l’échelle régionale et nationale.

Deux jours, c’était trop court… Au travers des interventions, des tours de parole, des témoignages, débordaient l’émotion et le sentiment d’injustice. Transparaissait aussi la conviction partagée, au croisement des disciplines et des engagements, de ne pas renoncer.

Le Pôle arts visuels Pays de la Loire traversait alors l’une des crises les plus violentes de son histoire. Les coupes budgétaires de la Région avaient entraîné le licenciement de l’équipe salariée, la suspension de certaines de ses activités essentielles. Dix ans de construction collective mis en suspens par une décision politique. Ce n’était pas un accident de parcours, mais le signe d’un système qui réduit la culture à une variable d’ajustement, qui mesure la valeur et la légitimité aux retombées économiques et à la rentabilité. Un système qui craint les communs, cette force qui résiste à la logique marchande parce que ça coopère, ça partage, ça prend soin. Un système qui rétrécit le champ des possibles jusqu’à faire passer l’appauvrissement financier pour du réalisme.

Ces Assises ont été tout cela à la fois : un temps de bilan, un espace de dialogue, un appel à la mobilisation. Deux jours pour dire, ensemble, que nous refusons l’effacement, l’isolement, la précarité silencieuse. Que la culture, partout sur les territoires, est un enjeu démocratique fondamental. Deux jours pour convoquer des universitaires, des artistes, des militant·es, des praticien·nes et laisser leurs voix se croiser sur des questions qui dépassent largement notre filière : qu’est-ce que la liberté associative, et pourquoi faut-il la défendre comme on défend la démocratie ? Que signifie faire réseau quand tout pousse à l’individuation ? Comment construire des communs dans un monde qui les enclôt ? Comment opposer à la tentation du déni la force d’un futur que l’on choisit d’inventer ensemble ?

Rebondir, ce n’est pas oublier ce qui s’est passé. Ce n’est pas la résilience douce des discours managériaux : cette injonction à s’adapter qui est, comme le montre Barbara Stiegler dans ses écrits, l’une des formes les plus insidieuses de la capitulation. Rebondir, c’est laisser entrer le souffle de la révolte par les idées. C’est convoquer les voix qui nomment ce que l’on vit et ouvrent d’autres horizons. C’est mener une bataille culturelle pour un changement de perception du monde : opposer aux récits dominants qui naturalisent la brutalité d’autres façons de voir, d’autres façons de compter ce qui compte. C’est transformer la colère en pensée, la pensée en formes, les formes en réseau. L’utopie, elle, viendra après. Elle ne peut s’écrire qu’une fois le barrage renforcé, qu’une fois l’autoritarisme débridé défait dans ses formes visibles et dans ses formes douces, dans les discours qui normalisent la violence comme dans les budgets qui effacent ce qui dérange. Ce futur alternatif n’est pas une promesse abstraite : il est la raison même de tenir, maintenant, ensemble.

Cette restitution n’a pas la forme d’un compte rendu, ni d’une archive. Elle constitue un objet éditorial vivant, organisé en constellation : quatre axes thématiques que l’on peut traverser dans n’importe quel ordre, où les transcriptions et les articles issus des Assises côtoient des témoignages et les textes inédits des scientifiques, des philosophes, des artistes invité·es à contribuer. Un espace où la pensée continue de circuler, de se heurter, de se nourrir. Elle ne clôt pas un bilan. Elle transmet une énergie et tente de laisser des ressources à celles et ceux qui, ici ou ailleurs, mènent les mêmes luttes. Pour celles et ceux qui viennent après. Pour Rebondir.

Le Pôle arts visuels Pays de la Loire