Qu’est-ce que le Pôle arts visuels t’a apporté professionnellement ?
Mon parcours a évolué en parallèle de celui du Pôle arts visuels, puisque je travaille au Rayon Vert depuis maintenant 11 ans. Tout a commencé par une rencontre avec Nathalie Le Berre1, venue nous présenter le Pôle. Les premiers rendez-vous d’information, notamment celui consacré aux aides des collectivités, m’ont mis le pied à l’étrier.
Par la suite, l’invitation à participer au comité de pilotage de l’étude sur la rémunération des artistes dans les structures de diffusion du secteur des arts visuels à Nantes2 (une commande de la Ville de Nantes au Pôle arts visuels, avec la sociologue Marjorie Glass) a constitué une étape précieuse. Elle m’a permis à la fois de m’inscrire dans la dynamique du Pôle, d’en comprendre le fonctionnement, et de faire avancer des réflexions que je menais en interne. Cette expérience m’a aussi aidée à engager des discussions plus structurées avec les membres de l’association, en m’appuyant sur ce travail, ainsi qu’avec Émilie Taghersout, à l’époque chargée des arts visuels à la Ville de Nantes, et impliquée dans le comité de suivi.
Progressivement, le Pôle est devenu, pour moi comme pour beaucoup de professionnel·les, un véritable lieu « ressource » : un espace facilitant les rencontres, les échanges, l’accès à l’information et à la formation. Les temps de réflexion collective y sont essentiels pour mieux se comprendre, appréhender les réalités et spécificités de chacun·e, dans une logique transversale réunissant artistes, indépendant·es, structures de toutes tailles et collectivités.
Je tiens aussi à souligner l’importance de la manière de faire portée par Nathalie, son équipe et les membres de l’association : une approche horizontale, douce et ouverte. J’aurais d’ailleurs aimé pouvoir participer à l’ensemble des rendez-vous proposés.
Étant la seule salariée de ma structure, cet accompagnement a été d’autant plus précieux. Je disais souvent que les membres de l’équipe du Pôle étaient pour moi une forme de collègues « par extension ». Au-delà du soutien concret, la dimension collective du Pôle est fondamentale. Elle a renforcé la légitimité de certaines orientations au sein de l’association et a contribué à consolider ma parole, tout en apportant davantage de visibilité — et sans doute de crédibilité — auprès de nos partenaires extérieurs.
Enfin, j’ai progressivement cherché à m’impliquer davantage, notamment à travers les réflexions inter-collèges diffusion et production ou lors des journées ateliers. Mais c’est surtout dans le cadre du dispositif « Matière Vive » que j’ai pu m’engager plus concrètement, en répondant à l’invitation de compagnonnage.
Quelles évolutions cela a permis au sein du Rayon Vert ?
À la suite de l’étude, plusieurs leviers d’amélioration ont été identifiés, et différents dispositifs d’accompagnement ont été mis en place. Dans notre cas, cela s’est traduit par un rendez-vous avec une avocate fiscaliste et un autre consacré à la cession de droits d’auteur. Nous avons aussi obtenu un soutien financier de la Ville de Nantes, via une subvention fléchée ; nous avons alors pu instaurer la rémunération des artistes dans le cadre des expositions individuelles.
De nombreux outils et ressources ont également contribué à notre évolution : contrats d’exposition, accompagnement Urssaf, dispositif Culturdiag, aides des collectivités, participation au forum « Entreprendre dans la culture » ; mais aussi les journées professionnelles, organisées dans le cadre de la biennale Wave, et les rencontres avec de jeunes diplômé·es des Beaux-Arts. Sans oublier les temps forts de la vie associative — assemblées générales, moments conviviaux, assises — ainsi que le site internet et les ressources en ligne, comme les portraits de professionnel·les, les annuaires, les appels à projets, etc.
L’ensemble de ces apports a permis à l’association de poursuivre sa structuration et sa professionnalisation. Cela s’est traduit par l’évolution de notre contrat d’exposition, parallèlement au travail de programmation et d’une nouvelle articulation des projets, avec des expositions plus longues et le développement de nouveaux formats, comme l’expo-atelier.
Et depuis les Assises régionales des arts visuels ?
Après le choc provoqué par les coupes budgétaires et les licenciements des salariées du PAV, l’intelligence collective reste à l’œuvre. Nous ne souhaitons pas perdre cet outil commun ni le travail considérable mené au cours des dix dernières années. Je continue de parler du Pôle des arts visuels autour de moi : pour ce qu’il a été, ce qu’il a traversé, et pour ce qu’il est aujourd’hui, son importance.
Les projets continuent, et de nombreux liens ont été tissés et perdurent aujourd’hui. À l’échelle du Rayon Vert, je suis dans une dynamique de compagnonnage auprès des artistes de Matière Vive, dont le dispositif s’est arrêté plus tôt que prévu. Je veille également à rester en réseau et en lien avec les professionnel·les, à l’écoute des projets, des rendez-vous extérieurs et des dynamiques du territoire. Je poursuivrai mon implication.
Propos recueillis par Le Pôle arts visuels, mai 2026.