Pôle
arts
visuels
Pays
de la Loire

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Grégory Valton

Artiste et fondateur des éditions Paris-Brest, Nantes

12.01.2021

Grégory Valton — Pôle Arts Visuels Pays de la Loire
Grégory Valton. Photo : Camille Hervouet

Vous dirigez les Éditions Paris Brest : avec d’autres éditeurs (FP&CF, Sur la Crête, Bleu de Berlin, Patayo, Zérodeux) vous contribuez au collège Édition du Pôle arts visuels Pays de la Loire. Comment avance votre travail de réflexion ?
Au sein du collège Édition du Pôle arts visuels, on discute beaucoup des problématiques de diffusion, communes à ces éditeurs indépendants. De nouvelles actions ont émergé grâce à ces échanges. Un mobilier est en cours de fabrication par les Ateliers Millefeuilles, en vue de présenter nos éditions en librairie. Une présentation est également prévue en avril 2021 au Lieu Unique pour un salon de la micro-édition, ainsi qu’au WAVE (Week-end des Arts Visuels). En parallèle, l’idée de faire tourner ce mobilier en galeries pendant les inter-expos nous semble pertinente, et des lieux comme la Gâterie, L’école d’art du Choletais et de Saint-Nazaire sont intéressés. Nous initions aussi des ateliers autour des éditions et des fanzines : au Lieu Unique, un atelier est ainsi programmé avec Hélène Mathorel de Bleu de Berlin.

Pouvez-vous retracer la genèse des Éditions Paris-Brest ?
Jusqu’à une quinzaine d’années, l’édition photographique était synonyme d’éditeurs mastodontes (Delpire, Xavier Barral, etc…), assez inaccessibles. Pour moi et quelques amis, il était clair que nos travaux photographiques avaient pour finalité l’édition. Seule l’édition indépendante pouvait nous permettre d’épanouir notre démarche. Je fus longtemps proche de Poursuite Éditions, qui éditent notamment Eric Tabucchi. À l’époque, cette maison indépendante tirait à 500 exemplaires, et un livre en payait un autre. Depuis, de nombreuses éditions indépendantes ont vu le jour, ce qui m’a donné envie de contribuer à cette efflorescence. Même phénomène pour les salons de la photo indépendants : en 2005, on se retrouvait beaucoup avec les illustrateurs, à Chaumont par exemple. Et petit à petit, les choses ont changé. La forme du salon m’enthousiasme : j’aime parler avec les gens de chaque projet, dans le temps long de sa maturation.

Comment travaillez-vous votre ligne éditoriale ?
Sur deux axes : j’édite des artistes à la sensibilité proche de la mienne, qui travaillent d’emblée pour la forme de l’édition ; mais je choisis également des projets d’artistes dont je suis le travail depuis longtemps, par exemple celui de Julien Quentel ou de Pierre-Yves Hélou, que j’ai trouvé judicieux d’amener vers la forme de l’édition. Parfois aussi, c’est l’occasion de projets plus expérimentaux ou d’essais de mise en page pour une édition plus importante à venir. C’est pour cela qu’il y a deux collections dans Paris-Brest, la collection Format, une forme assez légère inspirée de l’édition indépendante, imprimée à 100 exemplaires seulement, avec possibilité de réimpression sous forme de relecture ou de prolongement du tirage initial ; et la collection Hors-Format, pour des projets qui nécessitent un format particulier.

Quelle politique d’impression développez-vous ?
Je désire travailler localement, à revers des gros éditeurs qui impriment souvent en offset en Pologne ou en Lituanie pour tirer les prix. Je collabore donc avec un imprimeur des Herbiers, qui pratique une technique intéressante, l’Indigo HP, ce qui me permet de tirer à partir de 50 exemplaires, dans un format 18x26cm, sur 16 pages. Pour la collection Format, j’aimerais continuer à explorer ce support avec des gens très différents, notamment des artistes qui travaillent le son.

Parvenez-vous à dégager du temps pour votre pratique artistique personnelle ?
Comme de nombreux artistes, je jongle avec les cours, les ateliers, les associations dans lesquelles je suis investi et ma pratique artistique. Je prépare une conférence-performée autour d’une mythologie familiale, cela s’intitule Nos châteaux en Écosse, un projet entamé en 2017 qui mêle récit, artefacts que j’ai fabriqués à partir d’objets réalisés par mon grand-père, et sculpture en forme de château. Je pense donner cette performance dans la salle blanche des Ateliers Bonus en 2021. J’y interroge la notion de transmission, et je rajoute du faux au faux, en m’appuyant notamment sur La Guerre du Faux, ouvrage dans lequel Umberto Ecco écrit : « La vérité n’est pas historique mais visuelle. Tout semble vrai, donc tout est vrai. » J’ai tenu à enrichir une forme photographique exposée par une prise de parole où je me mets en danger, avec l’idée de la rencontre et de la circulation. Je commence aussi un programme de résidence avec l’école d’art de la Roche-Sur-Yon, autour de l’édition : avec les étudiants, nous allons concevoir un tiré-à-part en 50 exemplaires entre janvier et juin 2021.

Votre agenda semble bien rempli !
Oui, mais finalement, tout communique, je n’érige aucun mur entre ces champs d’action. Je suis également membre actif des PUI (Pratiques et Usages de l’Image) qui programment des temps de rencontres publiques, prenant pour objet le croisement du photographique et de l’axe thématique ville-territoire-environnement : avec cette structure, nous menons pour la seconde année un projet d’échange passionnant autour du livre de photographie avec le Québec. En fait, je suis persuadé que, loin de me disperser, cette profusion d’activités me nourrit de manière très cohérente.

Eva Prouteau