Face aux crises du secteur culturel et à la déferlante des IA : les artistes-auteur·ices appellent à un pacte de solidarité interprofessionnelle et à un statut collectif d’artiste-auteur·rice
La table ronde du mardi 14 juillet 2026 « Protection sociale pour les artistes-auteur·ices, l’exemple belge », coorganisée par La SAIF, le SNAP-CGT et la Ligue des auteurs professionnels lors du Festival d’Avignon, s’est imposée comme un jalon politique crucial.
Nos organisations tiennent en premier lieu à remercier la Ministre-Présidente de la Fédération Wallonie Bruxelles Élisabeth Degryse pour sa présence, son écoute et le partage sans tabou de la philosophie politique qui a présidé à la création du statut de « travailleur·euse des arts » en Belgique.
L’exemple belge : la révolution sémantique du travail
Le modèle belge, opérationnel depuis 2024, nous montre la voie. En brisant les verrous sémantiques, la Belgique a qualifié l’acte de création comme un acte de travail. Cette bascule fondamentale a permis d’ouvrir aux créateur.rices des droits collectifs et une continuité de revenus (via des allocations de travail) inscrits directement dans le régime général de la Sécurité sociale. Elle a unifié sous un même statut protecteur les artistes-auteur·ices et artistes-interprètes, tout en assimilant le droit d’auteur à une juste rémunération et non à une simple rente.
Ce débat intervient alors même que les travailleur·ses de l’art en Belgique sont attaqué·es par la volonté du gouvernement fédéral de réduire les pensions. Ce projet constitue un recul grave de la protection sociale des travailleur·ses de l’art, qui menace directement les acquis de nos camarades belges. Face à ces régressions sociales, nous affirmons notre pleine et entière solidarité : les droits conquis ne doivent jamais servir de variable d’ajustement budgétaire.
Solidarité face aux crises du spectacle vivant et convergence des luttes
Ce climat d’austérité résonne fortement en France, où le spectacle vivant est frappé d’une crise d’une gravité inédite, asphyxié par des coupes budgétaires dramatiques. Nos organisations marquent leur soutien total et indéfectible aux revendications et aux mobilisations portées cet été à Avignon et à Aix-en-Provence par les forces vives du secteur : les intermittent·es et technicien·nes, ainsi que les structures employeuses. Le sort des artistes-auteur·ices et celui des professionnel·les du spectacle vivant ne sont pas sans lien : la précarisation des un·es accélère l’effondrement des autres. C’est pourquoi nous lançons un appel très ferme à la solidarité avec les artistes-auteur·rices, tous secteurs confondus, pour exiger ce que la Belgique a osé accomplir : la conquête d’un statut de travailleur·euses et d’une protection sociale adaptée. Le combat pour la dignité des créateur·rices doit être une priorité nationale et européenne.
L’éthique et la création humaine face au mirage de l’IA à Avignon
Cette solidarité doit aussi être éthique et économique. Cette année, le Festival d’Avignon est marqué par la prolifération d’affiches de spectacles générées par intelligence artificielle. Derrière ces économies de bout de ficelle, ce sont des dizaines de commandes en moins pour les graphistes, plasticien·nes, illustrateur·rices, photographes, déjà durement frappé·es par la crise.
Nous dénonçons cette mise en concurrence déloyale par des contenus synthétiques produits grâce aux œuvres des artistes-auteur·ices pillées pour entraîner les machines. Malgré les contraintes budgétaires qui pèsent sur les compagnies, l’éthique culturelle doit prévaloir : l’argent public et les budgets de création doivent faire vivre des humains.
La SAIF, le SNAP-CGT et la Ligue des auteurs professionnels